Nafy DIAGNE : bâtir aujourd’hui les fondations de la souveraineté numérique de demain

Ingénieure, dirigeante, entrepreneure et actrice de la transformation numérique sénégalaise, Nafy DIAGNE a traversé plus de deux décennies d’évolution technologique, des télécommunications aux infrastructures numériques, en passant par la transformation digitale, le cloud et aujourd’hui les enjeux de souveraineté. À la tête de STELLARIX Sénégal et membre du Conseil National du Numérique, elle porte une conviction : l’Afrique ne pourra pleinement profiter de la révolution numérique sans renforcer sa capacité à maîtriser ses infrastructures, ses données et la valeur qu’elles génèrent.

Nafy DIAGNE, Directrice Générale de STELLARIX Sénégal
www.stellar-ix.com

Un parcours qui épouse les transformations du numérique

Il existe des parcours professionnels que l’on peut lire comme une succession de fonctions. Et puis il y a ceux qui racontent, presque malgré eux, les transformations d’un secteur.

Celui de Nafy DIAGNE appartient à la seconde catégorie.

Ingénieure en Génie Informatique et Industriel, diplômée de l’École Centrale de Lille en 1999, elle cumule aujourd’hui plus de 25 années d’expérience dans les télécommunications, la transformation digitale et les infrastructures numériques, en Afrique comme en Europe.

Son parcours commence chez Capgemini, avant de la conduire chez Ericsson, où elle exerce différentes responsabilités dans l’intégration, la gestion de programmes et les systèmes d’information. Elle rejoint ensuite Atos, où elle occupe des responsabilités sur le marché des télécommunications en Afrique et au Moyen-Orient.

L’article que lui consacre AXIAN en juillet 2026 permet de mesurer la dimension internationale de cette trajectoire, mais également de comprendre que derrière les fonctions successives se dessine progressivement un fil conducteur : la transformation. Transformation des organisations, des usages, des infrastructures et, finalement, de la place que l’Afrique doit occuper dans l’économie numérique mondiale.

Plus de 25 années entre télécommunications, systèmes d’information, transformation digitale et infrastructures numériques.

L’entrepreneuriat comme autre manière de penser l’Afrique numérique

Son parcours comporte également une étape moins connue, mais particulièrement révélatrice.

Nafy DIAGNE s’est engagée dans l’entrepreneuriat avec Awalebiz, une marketplace pensée pour donner aux créateurs et vendeurs africains un accès à des marchés dépassant leurs frontières nationales.

Le projet lui permet d’explorer une autre dimension du numérique : non plus seulement celle de l’infrastructure ou des grandes organisations, mais celle de la création de valeur locale grâce à la technologie. La plateforme réunissait des vendeurs issus de plusieurs pays africains et avait notamment remporté le premier prix du Linguère Digital Challenge en 2017.

Avec le recul, cette expérience prend une signification particulière.

Car la question qui traverse aujourd’hui les débats sur la souveraineté numérique africaine est finalement proche : comment faire en sorte que l’Afrique ne soit pas seulement consommatrice du numérique mondial, mais qu’elle soit également capable d’en produire et d’en conserver une partie de la valeur ?

De Free/Yas Sénégal à la gouvernance des infrastructures numériques

En 2019, Nafy DIAGNE rejoint Free Sénégal, devenu par la suite Yas Sénégal, où elle intervient notamment sur la transformation digitale, l’expérience client, puis la stratégie et la transformation.

Une nouvelle étape est franchie en 2025 lorsqu’elle est nommée Directrice Générale de STELLARIX Sénégal.

Cette nomination marque un déplacement intéressant dans son parcours : après avoir participé à la transformation numérique des entreprises, elle se retrouve désormais au cœur d’une question encore plus fondamentale :

Sur quelles infrastructures cette transformation doit-elle reposer ?

STELLARIX se positionne aujourd’hui sur les datacenters, le cloud, la connectivité, les services managés et la cybersécurité. Au Sénégal, ses infrastructures sont notamment implantées à Diamniadio et Thiès, avec une volonté affichée de permettre l’hébergement local des données et leur maintien sous juridiction sénégalaise.

Ce changement d’échelle est important.

Parce qu’à mesure que les États, les entreprises, les banques, les administrations et les citoyens se numérisent, les infrastructures qui hébergent leurs données deviennent elles-mêmes stratégiques.

La souveraineté numérique ne signifie pas l’isolement

Le terme « souveraineté numérique » est aujourd’hui largement utilisé. Parfois au risque de devenir un slogan.

La vision portée par Nafy DIAGNE mérite cependant une nuance importante.

Être souverain numériquement ne signifie pas nécessairement construire un écosystème fermé ou refuser toute technologie étrangère.

Il s’agit davantage de conserver une capacité de décision.

Où sont hébergées nos données ?

Sous quelle juridiction ?

Qui peut y accéder ?

Sommes-nous capables d’assurer leur disponibilité en cas de crise ?

Pouvons-nous choisir nos partenaires technologiques sans subir une dépendance irréversible ?

Et surtout : sommes-nous capables de créer suffisamment de compétences et d’infrastructures locales pour disposer réellement de ce choix ?

Dans son portrait publié par AXIAN, Nafy DIAGNE défend précisément cette approche pragmatique de la souveraineté : renforcer les infrastructures locales et la maîtrise des données stratégiques tout en restant capable d’évoluer dans des environnements technologiques hybrides.

C’est probablement l’un des débats les plus importants que l’Afrique devra mener durant cette décennie.

La souveraineté n’est pas l’autarcie. Elle est la capacité de choisir plutôt que de subir.

Sénégal : lorsque la souveraineté devient une politique nationale

Cette réflexion dépasse aujourd’hui le cadre des entreprises.

Le Sénégal a placé la souveraineté numérique parmi les quatre axes stratégiques de son New Deal Technologique, aux côtés de la digitalisation des services publics, du développement de l’économie numérique et du leadership africain dans le numérique.

Le Digital Master Plan associé prévoit 12 programmes et 50 projets prioritaires, pour un investissement annoncé de 1 105 milliards de FCFA sur dix ans.

Nafy DIAGNE participe également à cette réflexion nationale.

Elle est membre du Conseil National du Numérique, rattaché à la Primature, dont la mission est notamment d’accompagner la réflexion stratégique de l’État sur les questions numériques. Elle indiquait elle-même, lors du lancement du New Deal Technologique en février 2025, contribuer à cette initiative aux côtés d’autres experts de l’écosystème.

Sa position devient ainsi particulière : dirigeante d’un opérateur d’infrastructures numériques d’un côté, contributrice aux réflexions nationales sur la transformation numérique de l’autre.

Membre du Conseil National du Numérique, Nafy DIAGNE contribue aux réflexions accompagnant la transformation numérique du Sénégal.

Cybersécurité : la souveraineté n’existe pas sans résilience

C’est probablement ici que les infrastructures, la souveraineté et la cybersécurité cessent d’être trois sujets différents.

Le 21 mai 2026, STELLARIX Sénégal réunissait à Dakar décideurs, experts et acteurs institutionnels autour d’une rencontre consacrée à la cybersécurité, à la souveraineté numérique et à la résilience des infrastructures critiques.

J’ai eu l’occasion de participer à cette rencontre.

Et au-delà des présentations, une idée revenait constamment : nous ne pouvons plus traiter la cybersécurité comme un simple problème informatique.

La rencontre intervenait d’ailleurs dans un contexte particulier. Plusieurs administrations stratégiques sénégalaises avaient été ciblées par des cyberattaques, tandis que l’accélération de la transformation numérique augmentait mécaniquement la surface d’exposition du pays. Le Directeur général de la DCSSI, le Colonel Aly MIME, y avait notamment appelé au développement de véritables capacités nationales de cyber-résilience.

Nafy DIAGNE avait, pour sa part, rappelé l’importance des infrastructures numériques souveraines, de la protection des données et de la construction d’un écosystème capable de résister aux crises cyber.

Cette rencontre illustre une réalité souvent oubliée :

Héberger localement une donnée ne suffit pas à la rendre souveraine.

Si cette donnée peut être détruite, altérée, exfiltrée ou rendue indisponible, sa localisation géographique ne garantit rien.

La souveraineté numérique doit donc reposer sur trois capacités indissociables : maîtriser, protéger et restaurer.

C’est précisément cette articulation entre infrastructures, cybersécurité et résilience qui donnera demain une réalité opérationnelle aux ambitions de souveraineté.

De la donnée à l’intelligence artificielle : la prochaine bataille

Un autre enjeu apparaît désormais : l’intelligence artificielle.

Les systèmes d’IA se nourrissent de données et nécessitent des capacités importantes de calcul, de stockage et de connectivité.

La question de la souveraineté ne concerne donc plus seulement l’endroit où sont hébergés les fichiers d’une administration ou les bases de données d’une entreprise.

Elle concerne progressivement les données qui alimenteront les modèles, les infrastructures qui permettront de les entraîner et les acteurs qui capteront la valeur économique produite par ces technologies.

STELLARIX souligne à ce propos un déséquilibre majeur : l’Afrique représente encore une part extrêmement réduite des capacités mondiales de datacenters et des données stockées à l’échelle mondiale. L’entreprise place ainsi le développement d’infrastructures locales au cœur de sa stratégie continentale.

La question devient alors presque géopolitique :

l’Afrique peut-elle prétendre jouer un rôle majeur dans l’économie de l’intelligence artificielle si elle ne maîtrise ni suffisamment ses données, ni les infrastructures nécessaires pour les exploiter ?

Pour Nafy DIAGNE, infrastructures, cloud, données, cybersécurité et intelligence artificielle appartiennent ainsi progressivement à une même équation : celle de la capacité du continent à conserver une part plus importante de sa valeur numérique.

Après la souveraineté des infrastructures vient désormais la question de la souveraineté des données et des capacités nécessaires au développement de l’intelligence artificielle.

Une femme dans un univers technologique longtemps très masculin

Mais raconter Nafy DIAGNE uniquement à travers les infrastructures serait incomplet.

Son parcours raconte également celui d’une femme qui a évolué pendant plus de deux décennies dans des environnements technologiques historiquement très masculins.

Elle évoque dans son entretien avec AXIAN une promotion de Centrale Lille où les femmes étaient extrêmement minoritaires et l’importance, aujourd’hui, de permettre aux nouvelles générations de voir des femmes occuper des fonctions techniques et décisionnelles.

Cet engagement se retrouve dans sa participation à des initiatives consacrées aux femmes et aux technologies. En avril 2026, elle intervenait notamment à la troisième édition de STEM Pour Elles, autour de la thématique « Femmes, leadership et technologie : Diriger dans un monde en mutation ».

Elle a également été invitée d’honneur au lancement de BIDDEW Tech, initiative destinée à promouvoir et valoriser les femmes sénégalaises évoluant dans les métiers technologiques.

Parce que la souveraineté numérique ne se construira finalement pas seulement avec des serveurs.

Elle se construira avec des compétences, des ingénieurs, des chercheurs, des entrepreneurs, des femmes et des hommes capables de concevoir, exploiter et sécuriser ces technologies.

Au-delà des infrastructures, la construction d’une souveraineté numérique durable passe nécessairement par les compétences et la transmission.

Une reconnaissance internationale, mais un engagement tourné vers le Sénégal

Le parcours de Nafy DIAGNE lui a également valu plusieurs reconnaissances.

Elle a notamment été classée parmi les Global Top 100 Chief Digital Officers en 2022 et 2023, distinction également mentionnée dans la communication officielle d’AXIAN lors de sa nomination à la tête de STELLARIX Sénégal.

Mais un élément de son entretien avec AXIAN retient particulièrement l’attention.

Après de nombreuses années à travailler dans des environnements internationaux, elle explique avoir fait le choix de rester au Sénégal, notamment pour demeurer proche de sa famille. Elle reconnaît même que certaines responsabilités de gouvernance auraient peut-être pu arriver plus tôt dans sa carrière, mais assume les choix qui ont construit son parcours.

Cette dimension personnelle apporte un éclairage différent sur son engagement actuel.

La souveraineté numérique n’est alors plus seulement un sujet professionnel.

Elle devient également une question de territoire, d’appartenance et de transmission.

Une rencontre autour d’un même sujet : la souveraineté numérique

Il y a enfin une raison plus personnelle qui m’a conduit à m’intéresser davantage à son parcours.

Après avoir pris part à la rencontre organisée par STELLARIX en mai 2026, nos réflexions se sont croisées une nouvelle fois autour d’un sujet qui m’est particulièrement cher : la souveraineté numérique du Sénégal.

Nafy DIAGNE a pris le temps de lire mon Livre Blanc consacré à la Cybersécurité et à la Souveraineté Numérique au Sénégal, puis d’en partager publiquement son retour.

Elle y résumait une conviction que je partage profondément :

« Une cybersécurité robuste est la condition de toute souveraineté numérique durable. »

Ce qui pourrait apparaître comme une simple appréciation de lecture prend une autre dimension lorsque l’on observe son parcours et les responsabilités qu’elle exerce aujourd’hui.

Nos approches partent parfois de points différents  infrastructures et transformation d’un côté, cyberdéfense et sécurité de l’autre  mais convergent vers une même réalité :

il ne peut y avoir de souveraineté numérique durable sans infrastructures maîtrisées, données protégées, capacités de résilience et compétences locales.

Bâtir plutôt que simplement parler de souveraineté

Le mot « souveraineté » est puissant.

Peut-être même trop puissant lorsqu’il n’est accompagné d’aucune capacité concrète.

Le parcours de Nafy DIAGNE rappelle justement que la souveraineté numérique se construit à plusieurs niveaux.

Elle se construit dans les datacenters.

Elle se construit dans le cloud.

Elle se construit dans la cybersécurité.

Elle se construit dans la maîtrise et la gouvernance des données.

Elle se construira demain dans nos capacités en intelligence artificielle.

Mais elle se construit surtout dans les compétences humaines capables de concevoir, exploiter, sécuriser et gouverner ces infrastructures.

Le Sénégal affiche désormais une ambition numérique importante. Le New Deal Technologique place officiellement la souveraineté numérique au cœur de la stratégie nationale. Mais entre une ambition et une souveraineté effective se trouve désormais le plus difficile : l’exécution.

C’est précisément sur ce terrain que l’État, le secteur privé, les chercheurs, les entrepreneurs, les professionnels de la cybersécurité et les opérateurs d’infrastructures devront apprendre à travailler ensemble.

À travers STELLARIX, son implication au Conseil National du Numérique et son engagement en faveur des compétences et de la transformation digitale, Nafy DIAGNE fait partie de celles et ceux qui ont choisi d’occuper ce terrain.

Son ambition affichée est claire : contribuer à faire du Sénégal un hub numérique de référence en Afrique de l’Ouest, tout en participant à l’émergence d’une Afrique davantage maîtresse de ses infrastructures et de ses données.

L’histoire dira jusqu’où cette ambition pourra être portée.

Mais une chose paraît déjà certaine :

la bataille de la souveraineté numérique africaine ne se gagnera pas uniquement dans les discours. Elle se gagnera dans notre capacité à construire, héberger, protéger, restaurer, former et innover.

Et c’est peut-être là que le parcours de Nafy DIAGNE prend tout son sens.

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